Crise de couple et rupture amoureuse dans le couple

Crise de couple et rupture amoureuse: un enjeu actuel


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Alice de Lara

La vie est faite de séparations et de ruptures amoureuses. A travers elles se constituent les individus et se structurent les relations sociales. La crise conjugale dans le couple devient banale lorsque il y a un couple en crise.

Les ruptures amoureuses et le divorce font partie du paysage social contemporain. La perspective de séparation d'un couple en crise en vient à être intégrée comme une donnée de l’échange conjugal. En contractant leur union, les membres du couple savent désormais qu’elle peut, dans des délais plus ou moins longs, aboutir à une séparation, légale en cas de mariage.
Un tiers environ des mariages contractés en France se terminant, en effet, par un divorce, celui-ci se banalise et sa stigmatisation s’affaiblit fortement. La crise conjugale dans le couple devient soudainement normale.

Le divorce devient, en quelque sorte, une composante structurelle du mariage !

Cependant, la banalisation des ruptures amoureuses n’exclut pas les souffrances psychiques inhérentes à la rupture des liens affectifs. Et le problème se complique d’autant plus si des enfants sont présents.

Rappelons que le lien conjugal repose sur une alliance inconsciente destinée à renforcer les processus inconscients de chacun. Il met en scène trois registres de dépendance :

- la dépendance à la pulsion , dont le sujet ne peut s’affranchir que par une satisfaction,
- la dépendance à l’objet car le sujet est dépendant d’un objet pour se satisfaire,
- la dépendance de l’objet car, pour retrouver sa stabilité interne, le sujet est confronté à la réponse de l’objet.

Pour Jean-Georges Lemaire, le partenaire est certes objet de la pulsion, mais il est avant tout un agent de la défense. Ainsi, la relation entre conjoints n’est plus pensée uniquement en référence à un Objet interne, via le partenaire. Elle est envisagée comme lien homéostatique entre deux sujets.

La souffrance psychique apparaît lorsque les productions résultant de l’appartenance au groupe-couple menacent l’homéostasie du sujet.

Certains auteurs ont mis en parallèle les stades du deuil et les stades du divorce : le déni et l’isolement, la colère, le marchandage, la dépression et finalement l’acceptation. Ce processus émotionnel peut être long et se dérouler parfois sur plusieurs années. Si abandon, et perte se retrouvent dans les deux expériences, la possibilité sporadique de renouer des liens et d’avoir des contacts avec l’être perdu est spécifique du divorce, surtout lorsque le lien conjugal se prolonge à travers le lien parental.

Plusieurs étapes ont été identifiées dans le processus de séparation de couple ou de divorce lors de la rupture amoureuse. Certains les traversent de façon linéaire, d’autres s’installent à une étape significative sans pouvoir la dépasser, voire même régressent à une étape antérieure…Ainsi, le vécu des personnes en instance de séparation est très variable.


La menace de séparation de couple ou de divorce 

L’instabilité et l’insécurité s’installent. L’insatisfaction se manifeste, les frustrations s’accumulent, affectives, sexuelles, matérielles…Souvent, l’un des partenaires exprime sa désillusion à l’égard de l’autre partenaire incapable d’être à la hauteur des illusions narcissiques dont on l’a comblé. Il manifeste son mécontentement et son besoin de changement. Cette phase n’est pas forcément l’indice d’un échec programmé mais peut révéler un malaise profond dans la relation de couple et il est souhaitable que cette « crise du couple » incite les deux partenaires à réagir à cette situation indésirable avant qu’elle ne devienne irrémédiable. 


Plusieurs causes peuvent expliquer cette situation : 

-l’usure du couple et la monotonie de la vie quotidienne

-la recherche d’une identité et d’un épanouissement personnel plutôt qu’un investissement dans la vie du couple. Le couple d’aujourd’hui peut être confronté à un dilemme entre la relation de couple et la place grandissante accordée à l’expressivité individuelle, à la valorisation des potentialités d’un des individus, à la réalisation de soi et à l’affirmation identitaire. Les tensions qui en résultent, internes à chaque sujet ou entre les partenaires, peuvent être difficiles à résoudre et pousser à la séparation

-la naissance et l’éducation des enfants, avec ce qu’elle peut générer de différences dans les ressentis de chacun, liés à son histoire personnelle, sa culture, ses origines, son milieu social…inscrits dans l’inconscient de chacun. L’enfant est un tiers bien spécifique et un rival particulier pour l’autre de la relation amoureuse. Il vient perturber le jeu conjugal. La triade parents-enfant est susceptible de concurrencer le duo conjugal. L’enfant structure donc le cadre imaginaire, social et symbolique de la relation de couple

-l’infidélité. La possibilité qu’autrui puisse s’enamourer d’un autre partenaire peut précipiter le couple vers son issue fatale : la rupture. Mais, si le conjoint continue de participer à la réalisation personnelle du sujet et si le dialogue se poursuit, le deuil de la relation peut être difficilement envisageable pour les conjoints

-les contraintes financières ou économiques qui peuvent remettre en question la vie à deux

-les évènements familiaux, les deuils, le chômage, la maladie, les addictions, les problèmes psychologiques, la violence…

A ce stade, la vie du couple est émaillée par des crises de plus en plus fréquentes, sur un fond conflictuel permanent. Il est encore possible d’agir en prenant conscience de la nécessité de modifier son comportement et de tenter de trouver en soi les ressources d’impulser une nouvelle dynamique pour « sauver son couple ».

Le couple peut éventuellement solliciter l’intervention d’un tiers expérimenté : spécialiste de la Thérapie de Couple, Conseiller Conjugal et Familial, Psychothérapeute ou Psychanalyste. Si besoin, une aide psychothérapique ou psychanalytique individuelle peut s’avérer nécessaire si l’un des deux membres du couple est fragilisé par la situation ou si une élaboration personnelle peut aider à prendre conscience de certaines processus répétitifs, notamment intergénérationnels.

Mais, il arrive souvent que le processus de séparation soit trop avancé. L’un ou l’autre des deux partenaires finit par visualiser sa vie à l’extérieur de la vie de couple. La rupture amoureuse est non seulement admise mais devient inéluctable et nécessaire. Le sentiment amoureux disparaît, la vie de couple devient de plus en plus insatisfaisante, voire génère tensions et violences. La menace de rupture amoureuse se concrétise.


La séparation de couple après la rupture

Elle peut être discrète, si l’un des conjoints est impliqué dans une relation parallèle avec une autre personne ou concrète, soudaine, ce qui ne veut pas dire définitive, ou déterminée à l’avance si les deux conjoints se sont mis d’accord pour mettre un terme à la cohabitation, ce qui représente une étape plus définitive.

Parfois, l’un des conjoints refuse d’admettre la réalité de la séparation que l’autre lui impose, croyant que cette situation est temporaire et transitoire. Cette phase de déni est plus ou moins accentuée et peut se clore avec la mise en place des mesures légales concrètes.

A ce stade, la colère et le ressentiment sont souvent présents, colère dirigée contre soi ou tournée vers l’extérieur, dans le but d’atteindre l’autre dans son intégrité et ses valeurs profondes, souvent à travers des actions irrationnelles qui peuvent même être préjudiciables à soi-même.

La dépression peut se faire jour lorsque la réalité du divorce est devenue inéluctable et que le sentiment de perte vient remplacer la colère et la rage, dépression réactionnelle au sentiment d’abandon, s’inscrivant parfois dans un processus psychique préalable d’espoirs perdus ou de rêves brisés signant la brisure finale de la relation conjugale.


L’isolement

A ce stade, l’isolement de la famille ou de l’extérieur est fréquent chez celui ou celle qui subit la séparation et la perte de l’autre.
On coupe les liens avec l’autre conjoint et la belle-famille, on désire même parfois ne plus voir ses enfants. On peut garder des liens avec sa propre famille ou des amis proches. Mais certaines personnes préfèrent volontairement rester seules.


L’acceptation

Au début, l’acceptation est ambivalente. Peu à peu, l’autre prend conscience que la décision de son ex-conjoint est inéluctable et irréversible. Il s’agit d’adopter de nouveaux comportements en présence des parents, de la famille, des enfants, des amis. Il s’agit d’accepter une situation qui pouvait paraître inacceptable. On compose avec la nouvelle situation.

Les conjoints ne vivent pas simultanément ces différentes étapes. Il est important que ce décalage soit reconnu pour mieux comprendre le vécu des personnes qui se séparent. Le temps est donc un facteur essentiel.


La séparation de couple et/ou le divorce et les enfants 

La famille reste aujourd’hui très fortement investie parce qu’elle reste le lieu privilégié de la constitution et de l’expression des identités personnelles.

La rupture amoureuse et la séparation ne peuvent se penser sans que soit maintenu en même temps le maintien de certains liens, ce qui se retrouve dans toutes les étapes de la trajectoire familiale des individus. Il s’agit souvent de trouver « la bonne distance avec autrui ».

Dans le cas de la rupture amoureuse, la question est de concilier deux impératifs contradictoires : d’une part, la séparation conjugale, la conjugalité, d’autre part, le maintien des liens parents-enfants, la filiation.

L’accès à la fonction parentale dans ce qu’il représente de bouleversement dans la « fusion » conjugale qui caractérise le couple sexué est souvent dévolu à l’un des parents et la notion de coparentalité n’est donc déjà pas évidente pour le couple vivant ensemble. Cette notion repose sur l’idée que, pour un enfant, la référence au couple que forment ses parents est indépassable. Les parents « sont parents pour toujours » et « ne sont pas parents séparément ». « La responsabilité individuelle de chacun des deux parents ne s’exerce pas indépendamment de celle de l’autre ». L’enfant ne procède pas d’individus mais d’un couple, c'est-à-dire de deux personnes de sexe différent unies par une histoire. Pour un enfant, le couple parental représente une référence fondatrice. Nous n’abordons pas ici la problématique de l’homoparentalité.

Au moment de la rupture amoureuse du couple, l’essentiel du conflit sur le maintien des relations enfants-parents se situe autour de la confusion entre le niveau conjugal et le niveau parental. Reconnaître que l’autre parent reste, malgré la séparation de couple, le parent de l’enfant commun implique qu’une différenciation radicale soit faite entre fonction conjugale et fonction parentale.

Souvent, les conjoints en conflit s’avèrent incapables de créer entre eux une négociation et des relations qui permettraient à chacun de garder sa place auprès des enfants malgré la séparation. D’où l’échec des appels à l’autorégulation au moment où elle survient.

Qu’il s’agisse de psychothérapie ou de psychanalyse individuelle, de thérapie de couple ou de médiation familiale, l’intervention d’un tiers est d’accompagner le nécessaire travail de deuil de l’autre dans sa fonction d’objet ou de partenaire sexuel afin que puisse s’organiser une normalisation des relations nécessaires à la reconnaissance de sa fonction parentale indispensable au développement psychique de chaque enfant en être lui-même sexué.


La Médiation Familiale peut être un espace pour une nouvelle approche des relations parents-enfants en cas de séparation conjugale ou de divorce lors de la rupture amoureuse.

L’idée de permanence du « couple parental » implique, face à la difficulté des familles dissociées de concilier séparation et lien(s), de permettre aux ex - membres du couple, les parents, de rechercher des accords et de rendre effective une entente pour les actes usuels de la vie et les décisions qui président à l’éducation de leurs enfants. La Médiation Familiale tente de répondre à cette exigence.

Il s’agit d’une nouvelle pratique sociale, apparue en France à la fin des années 80, qui, face à la prise de conscience des difficultés de la coopération entre les conjoints après la séparation, se propose d’accompagner les parents pour les aider à se séparer tout en satisfaisant à l’impératif du maintien des liens enfants-parents. Un tiers, le Médiateur Familial, en principe sollicité par les parties, les aide à mettre au point les arrangements pratiques nécessaires à l’organisation de leurs vies séparées. La médiation familiale consiste en une série de rencontres au cours desquelles sont évoquées les difficultés liées à la séparation et élaborées, voire testées, les manières d’y répondre (Bastard § Cardia-Vonèche, 1990).

La parole, en médiation familiale, est un vecteur essentiel. Lorsqu’ils se disent ce qu’il en est, entre eux, des liens qui les unissent et des écarts qui les séparent, les parents peuvent accéder à la liberté, dégagés de certains poids et des maux qui les accablent.
Le médiateur familial est neutre. Il ne doit, en principe, ne favoriser l’intérêt ni de l’un ni de l’autre. Il tente de promouvoir toutes les idées et solutions susceptibles de favoriser la circulation des enfants entre leurs parents et d’assurer une participation conjointe de chacun des parents à la prise en charge de leurs enfants.

Ainsi, la Médiation Familiale participe de ce mouvement de transformation de l’ordre familial qui vise à susciter davantage de responsabilité de la part des couples en rupture et à les inciter à continuer d’exercer conjointement leurs tâches d’éducation.


Alice de Lara                                             

Conseiller Conjugal

Spécialiste de la Thérapie de Couple           

Spécialiste de la Médiation Familiale           

75020 et 75016 Paris       


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BIBLIOGRAPHIE

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De Lara Alice et de Lara Pierre , L’enfant, « objet transitionnel » de la Médiation Familiale, revue DIALOGUE, n° 160, 2ème trimestre 2003, éditions érès
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Neyrand Gérard , idéalisation du conjugal et fragilisation du couple, ou le paradoxe de l’individualisme relationnel, revue DIALOGUE n° 155, 1er trimestre 2002, éditions érès